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La villa
Il n'y a pas de truquage, la maison est vraiment au bord de l'eau. Plus au bord, ce serait dans l'eau. Un sentier côtier permet depuis un an d'en faire le tour et d'aller directement à pied à Sauzon en passant par les petites criques sauvages : régal
Voici l'envers du décors : il y a bien entendu d'autres petites maisons qui se sont construites depuis un siècle sur la pointe de Taillefer, constituant un petit hameau calme et sympathique de retraités et de résidents secondaires amoureux de Belle-île. La villa reste toutefois à l'écart du lot : seule un vasistas donne sur le hameau. Les trois autres côtés aux nombreuses et larges fenêtres donnent. sur la mer.

Voilà la villa de profil :
toute en hauteur avec ses cheminées typiquement alsaciennes. Autant vous dire qu'on entend la tempête, les soirs d'hiver.

Mais rien de tel l'été : l'île jouit d'un microclimat qui permet aux bananiers et aux cactus de s'épanouir ; aux vacanciers aussi. Oubliez les cirés jaunes : maillots de bain de rigueur.

Qui n'a rêvé d'une plage à portée de main ? La voici, la plage Saint Julien, accessible par un escalier depuis la maison, faite de sable fin, de gallets et de coquillages multicolors. On y pèche aussi beaucoup : les moules, les tourteaux et les étrilles, le bar, la sole, et en Août, les bans de calamars passent systématiquement par Saint Julien ; savez-vous pêcher à la turlute ?

 

 

Cette maison est, cela va sans dire, une vieille maison familiale.

La légende veut que mon arrière-grand mère, en voyage de noces à Belle-île en mer avec son mari, M. Pinloche, soit allée admirer le lever de la lune sur la pointe de Taillefer. C'était l'été 1910. La côte était alors sauvage et vierge. "Auguste, je veux que tu me construises une maison ici ". Auguste ne refusait rien à son épouse : il acheta tout le terrain côtier dans la semaine. Mais Auguste était également un fervent patriote : il fit appel à un architecte alsacien de ses amis, qui construisit en 1913 une maison toute en hauteur, radicalement distincte des maisons bretonnes traditionnelles.

Les fameux couchers de soleil de Belle-île.
Vue par une fenêtre du 1er étage

Surplombant la côte, la maison acquit auprès des Bellilois le surnom de " château ". On venait de loin visiter cette étrange bâtisse de trois étages, quand toutes les maisons bretonnes étaient de plein pied . Maison de vacances avant que les vacances n’aient été inventées, la villa devint un hôtel de luxe pendant l’occupation allemande : les cocottes y côtoyaient les officiers de la Wehrmacht, tandis que les soldats occupaient la citadelle de Vauban et construisaient des blockhaus imprenables au bord des falaises.

En 1944, la maison fut vidée de ses occupants allemands et de tous ses meubles… par les voisins Bellilois.

La Villa devint un temps, à la Libération, maison principale pour toute ma famille. C’était une famille nombreuse (6 enfants) qu’il fallait loger et nourrir : on trouvait à Belle-île des huîtres et des homards tandis qu’on peinait à trouver du pain à Paris. Mon grand père, reconstitua le mobilier de la maison avec des meubles et des lithographies venus directement d’Indochine.

Chaque génération, depuis cinquante ans, apporte sa petite touche à l’héritage familial, redevenu une véritable maison de vacances : ma mère y a apporté le confort moderne (salle de bain chauffée, verrière, lave-vaisselle, lave-linge, sèche-linge…) pour transformer un château hanté en villa, mon père a apporté sa touche artistique : ses toiles s’exposent dans les chambres…

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